mardi 4 mars 2008

Morphée & Rimbaud

Je m'enfonce sous l'édredon. Je ne trouve pas le sommeil. Alors, je rive solidement les écouteurs dans mes oreilles, sélectionne l'envoûtant "The End" des Doors et me plonge dans l'univers rimbaldien. De page en page, de versets en vers et de vers en versets, j'avale avec une certaine frénésie. Je passe de la page 12 à la 245 puis la 50 puis la 101 retour à la 12 puis table des matières, des titres me parlent, j'y vais, j'y cours, volent les pages...

Je cale soudainement sur 4 lignes.

Morphée est là, sourie à Arthur, me gratifie d'un regard doux et rassurant. J'ai juste le temps de transmettre les 4 à ma Préférée qui les trouvera demain en allumant son portable. Pas sûr qu'elle y sera sensible : les réveils n'ont souvent rien de poétique pour une maman.

Ca y est. Mes paupières descendent lentement. Je m'endors en paix pendant qu'ils devisent gaiement. Tient, Jim les rejoins...

A quatre heure du matin, l'été
Le sommeil d'amour dure encore.
Sous les bosquets l'aube évapore
L'odeur du soir fêté


Image de Morphée tirée de la couverture du "Labyrinthe de Morphée" de YUKA Suzuki (dessinateur) et MORI Hiroshi (scénariste) aux éditions du Soleil.

samedi 12 janvier 2008

Self Pity

I never saw a wild thing
sorry for itself.
A small bird will drop frozen dead from a boug
h
without ever having felt sorry for itself.


D.H. Lawrence

jeudi 13 décembre 2007

Un tapis de dollars...

Les hasards de la vie m'ont permis d'assister ces derniers temps à deux événements liés à la numéro un mondiale de tennis, notre/onze/unsere Justine (en trois langues, ainsi en va-t-il de mon petit pays).

Loin de moi l'idée de critiquer Justine que je connais un peu et dont il faut souligner les qualités sportives indubitables : un professionnalisme jusqu'auboutiste, une volonté hors du commun et un fair-play pour ne citer que celles qui me marquent le plus.

Elle est aussi une jeune femme de 25 ans, au plein sens du terme, avec les certitudes, les doutes et les interrogations de n'importe quel être humain à cette période de sa vie, avec, aussi, les moments magnifiques où elle participe à la vie et ceux où elle souffre de sa conscience universelle.

Non, l'objet de ce billet est le sentiment d'instrumentalisation qui m'a habité lors de ces deux cérémonies. En fait, comme un refrain lancinant, m'est revenu cet extrait d'une chanson de Lavilliers écrite à propos de Jim Morrisson qui, s'il ne l'a dit ou écrit, l'a très certainement ressenti.

Je ne suis qu'un produit, un tapis de dollars
Je ne suis qu'un paumé, cynique et dérisoire
Je ne suis qu'un bouffon planqué sous ses paillettes
Je ne suis qu'une chanson, qu'on presse et puis qu'on jette

(in "Plus dure sera la chute").

Le refrain donne le ton : Jim Morrisson, à moitié évanoui sur scène pour cause de trop de tout, voit venir la fin et porte un regard lucide sur ce qu'il est devenu : un produit.

En soi, cela n'a rien d'une révélation. Il est vrai que c'est comme cela depuis déjà longtemps et que le phénomène n'a fait que s'accélérer. D'abord, on met en exergue - et c'est pleinement justifié ! - la performance sportive ou artistique. Puis, petit à petit, on construit autour de l'individu une sorte de cocon douillet : on le starifie. Une fois ce niveau atteint, le voilà devenu bankable. On le presse alors au maximum et on exploite tout ce qu'on peut : amours, amitiés, régime alimentaire, opinions politiques, ... . On en fait des icônes auxqelles s'identifient un certain nombre de personnes. Au final, leur opinion sur à peu près n'importe quoi devient pour le fan une opinion autorisée.

Ce n'est pas très grave tant que l'on reste sur le terrain de la vie personnelle. Beaucoup plus grave est celui qui consiste à en faire des portes-drapeaux de leur pays d'origine. C'est particulièrement flagrant dans le sport où, par ailleurs, la plupart d'entre eux n'y résident plus pour des raisons fiscales.

Qu'on ne s'y trompe pas : je n'ai absolument aucun reproche à adresser à ces personnes. C'est leur choix et je n'ai pas à le juger.

Cependant, restons cohérents. A partir du moment où on fait ce choix, on ne peut plus prétendre à être le porte-drapeau de son pays d'origine parce qu'honnêtement avec ce qu'ils reçoivent pour pratiquer leur passion, même si la fiscalité est lourde, il reste encore beaucoup pour vivre.

L'incohérence est encore plus grande quand j'entends les hymnes nationaux sur les podium de la F1. Comment peut-on encore prétendre être italien quand les pilotes sont finlandais et brésilien, le directeur français, l'ingénieur anglais, .... ? Et il en est de même pour toutes les écuries. Ca n'a plus aucun sens.

La nationalité dans le sport de haut niveau est anecdotique. Et elle l'est d'autant plus que, pour arriver à ce niveau, la plupart des sportifs doivent confiner l'individualisme jusqu'à une certaine forme d'égocentricité.

Alors, à la poubelle les drapeaux. Cessons cette mascarade et admirons simplement la performance pour elle-même !

Justine, continue à développer ton art. Continue à faire ce genre de coup dont tu as le secret. Tu sais, ceux où tu récupères la balle dans un équilibre précaire et qu'en plus tu arrives à la placer là où l'adversaire ne l'attendait pas.


jeudi 6 décembre 2007

Le menu du marché...

Tout ce qui suit est intuitif
Improvisé
Pas corrigé
Drôle de soirée
Pleine d'illuminés
Je rentre et voit Cauet
Qui chante avec Bruel
Toujours le même topo
Que de l'événementiel
Ca vaut pas une truelle
Je pense à Léo
à Jacques
à Bernard
à François
à Rimbaud
à Verlaine
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue
Que j'aime
Qui m'aime
Et me comprend
Billevesées, sottises, ...
Existe-t-elle seulement ?
Et après tout, en ai-je besoin ?
Ne sais-je vivre sans elle ?
Elle m'emmerde
M'obsède
Pourrit ma vie
Gêne mon bonheur
Et pourtant occupe mon coeur
Elle remplit mes pensées
Ne peut-on vivre seul ?
Me voici moi l'anar
Coincé, pris, emprisonné,
Enchainé par une chimère
Merde,
Je voudrais seulement...
qu'on me foute la paix!
40 ans, c'est trop fatiguant
Trop flippant
Et pourtant...
Je ne puis supporter son absence...

mercredi 17 octobre 2007

Perfidie gynogène

A toi qui passe dans ma vie
Qui prend des airs de mie
Qui me laisse entrevoir
Qu'un jour peut-être
Un jour... presque sûrement
Je pourrai caresser l'espoir
De devenir ton amant
Las! Tu joues sur plusieurs plans
Qui se montrent plus présents
L'un particulièrement avenant

Je le découvre brutalement
Regards très appuyés
Baisés à peine cachés
Rumeurs qui se font vérités
Me voilà déposé !
D'amant, je deviens Tristan
Et la voile se fait noire

Tu n'es pas une
Tu es plusieurs
Bien vite que je te ferme mon coeur
Avant qu'une fois de plus
Une fois de trop
Tu me le brises...

mercredi 26 septembre 2007

L'identité francophone, cette billevesée !

Ce qui me gêne dans tout ce qu'on entend à propos de l'identité francophone, c'est qu'on nous enjoint à créer une identité francophone en réaction à l'identité flamande. Il s'agit donc de créer une identité contre une autre. Ca augure déjà du potentiel conflictuel que revêtira cette identité sans compter que si la seule base de cette identité est celle-là que fera-t-on une fois le conflit règlé (quelle que soit son issue) ? L'identité s'écoulera d'elle-même.

Un autre point important est l'adjectif utilisé : "flamande" dans un cas, "francophone" dans l'autre. Gros problème de sémantique. On n'est pas francophone par identité, on l'est par sa langue. Il en est d'ailleurs de même pour nos amis néérlandophones et germanophones.

Il est aisé de comprendre la raison de cette grossière erreur : l'adjectif "wallonne" ne serait accepté ni par les bruxellois ni par les germanophones. Peut-être faudrait-il utiliser l'adjectif "fransquillonne" qui aurait le mérite de donner un reflet juste de la valeur de cette pseudo identité...

Pour ma part, je n'aime aucune identité. Bien entendu, je suis liégeois sans en être exagérément fier et sans que cela ne constitue pour moi une nationalité. Je dois avouer que belge correspond bien mieux à ce qui définirait mon identité. Mais francophone ou même wallon ne me parle pas. Je me sens bien plus proche de mes voisins limbourgeois que des Picards de wallonie ou des carolos ou même des bruxellois. Ca ne m'empêche pas d'apprécier ce qu'ils sont. Et puis belge, ça dit bien ce que ça veut dire : des gens différents qui ont en commun un grand sens du surréalisme et de l'humour sur soi-même et cela du nord au sud et de l'est à l'ouest.

Et de toute manière, ce qui est intéressant dans les identités, c'est quand elles se mélangent, s'entremêlent, se fécondent mutuellement pour donner une identité plus large, plus tolérante, plus ouverte et plus riche. Toute attitude défensive qui consiste à défendre bec et ongle son identité contre une autre me paraît totalement stérile et dépassée pourvu, bien entendu, que cette dernière n'ait pas volonté de remplacement.

Alors, à tous ceux qui voudraient nous obliger à nous aligner sur une identité quelle qu'elle soit, foutez-nous la paix/loop naar de maan !

mercredi 12 septembre 2007

Albondigas à l’instar de Me Jacques

La recette qui suit vient de l'épopée des samedis gourmands de la Goutte d'Or qui n'est pas un quartier de Paris mais bien un estaminet où le surréalisme s'acoquine avec l'esprit festif liégeois pour donner des moments de franche rigolade.

Un convive, ce jour-là : "Y'a de l'aïl là-dedans ?".
Me Jacques (le cuistot) : "Ouais, y'en a !"

Les ingrédients

Pour 15 personnes

Pour les boulets
- 1 kg de porc
- 1,5 kg de veau
- 4 gousses d’ail
- 4 œufs
- mie de pain essorée ou chapelure
- persil haché
- farine
- sel, poivre




Pour la sauce
- huile d’olive
- oignons
- 4 gousses d’ail
- tomates pelées (ou 10 tomates fraîches)
- 40 cl de vin blanc
- 40 cl d’eau
- 5 feuilles de laurier
- origan séché
- 1 capsule de safran
- 4 guindillas (piments d’espelette)
- sel, poivre
- sucre
La recette

Les albondigas (petites boulettes de viande à l’espagnole) à l’instar de Me Jacques, c’est un peu la résurgence des métiers disparus de la restauration à cause de l’américanisation galopante de celle-ci et de son corollaire inévitable : la mécanisation à outrance. Il a donc fallu faire appel à nos connaissances ancestrales. Ainsi, Gilbert la Malaxe a utilisé ses compétences pour le mélange de la farce. Puis, José et Benoît, les rôleus* d’boulets, sont intervenus. Et, last but not least, David le Secoueur a terminé le façonnement des albondigas.

Les albondigas sont, en quelque sorte, les petites sœurs éloignées des boulets de chez Lequet. Ils ont donc la taille d’un cochonnet ou, pour ceux qui ne connaissent pas la pétanque, à peu près la taille d’une burne humaine adulte qui serait ronde et non ovoïde (+ 20 gr.).

Pour la farce, il faut incorporer aux viandes les gousses d’ail, idéalement pressées auparavant, les œufs amoureusement battus, le persil haché et la mie de pain (voir Trucs & astuces) ou, à défaut, la chapelure. On y ajoute les oignons hachés finement et le persil haché. Saler et poivrer. Malaxer le tout. Ensuite, comme préconise Marc Veyrat, même s’il s’agit d’un plat que l’on a déjà fait des centaines de fois, goûter le mélange est un passage obligé avant la cuisson. Rectifier l’assaisonnement si nécessaire.

Façonner les albondigas en utilisant comme quantité de référence une cuillère à soupe rase de la farce. Les fariner abondamment.

Ensuite, préparer la sauce. Pour ce faire, faire revenir les oignons hachés dans de l’huile d’olive. Ajouter l’ail haché. Faire revenir et déglacer avec le vin blanc et l’eau. Laisser réduire environ 10 minutes puis ajouter les tomates pelées écrasées. Ajouter le laurier, les guindillas, le safran, l’origan, un peu de sucre (pour diminuer l’acidité des tomates). Saler et poivrer. Goûter et rectifier si nécessaire. Laisser cuire à couvert pendant 20 minutes.

Pendant ce temps, saisir les albondigas dans de l’huile d’olive. Une fois saisies, les incorporer à la sauce et cuire le tout à petit feu pendant 15 minutes à découvert.

On servira les albondigas couvertes de sauce, avec une pincée d’origan, accompagnées de frites à l’ancienne et d’une salade vinaigrette.

* = rouleurs (en wallon)

Trucs & astuces

- On doit idéalement préparer le mélange de hachis le jour avant.
- Plutôt que d’utiliser de la chapelure, on peut utiliser de la mie de pain durcie que l’on ramollira dans du lait et que l’on essorera ensuite avant de l’incorporer à la farce.
- La saisie des albondigas permet à celles-ci de ne pas se décomposer pendant la cuisson dans la sauce.
- Après manipulation des guindillas, il est IMPÉRATIF de bien se laver les mains ainsi que les instruments qui ont servi car ces piments sont très irritants au contact des yeux.